La présence d’humidité excessive dans un logement va au-delà de l’inconfort : elle peut nuire à la santé des occupants. En France, environ un logement sur cinq est touché par l’humidité, avec des conséquences directes sur la santé (toux, asthme, allergies). L’humidité se mesure par le taux de vapeur d’eau dans l’air (hygrométrie). L’ADEME recommande de le maintenir entre 40 % et 60 % : au-delà de 60 %, l’air est considéré comme trop humide. Un air saturé en humidité favorise la condensation d’eau sur les parois et crée un environnement idéal pour les moisissures et les acariens.
Ces organismes microscopiques (champignons et mites domestiques) se nourrissent de matériaux humides (bois, carton, poussière) et prolifèrent lorsque l’air contient beaucoup d’eau. En grande quantité, les moisissures dispersent dans l’air des spores respirables qui peuvent entraîner des problèmes de santé. De plus, les acariens, qui prospèrent à une hygrométrie de 65–80 %, aggravent les allergies et l’asthme, notamment chez les enfants et les personnes âgées. Tous ces particules et allergènes projetés dans l’air intérieur sont responsables d’irritations et de réactions immunitaires indésirables.
L’Organisation mondiale de la santé confirme ce constat : dans ses recommandations sur la qualité de l’air intérieur, l’OMS indique que l’humidité et la moisissure accroissent la fréquence des symptômes respiratoires, des allergies et des crises d’asthme. Elle recommande de prévenir la condensation et la prolifération fongique pour protéger la santé. L’étude internationale ECRHS a d’ailleurs confirmé ces tendances : « De nombreuses études publiées dans divers pays ont montré les effets négatifs de l’humidité… sur la santé respiratoire de l’adulte (sibilance, toux) ». Ces constats soulignent l’importance d’agir dès qu’un logement devient trop humide.
Voies respiratoires et allergies
La respiration est particulièrement affectée dans un intérieur humide. Les spores de moisissures et les allergènes d’acariens irritent les muqueuses : on note alors des symptômes tels qu’irritation du nez, des yeux, gorge sèche ou picotements. Par ailleurs, la prolifération fongique libère des composés organiques volatils d’origine microbienne (COVm) dans l’air. Ces COVm, responsables de la mauvaise odeur de moisi, peuvent eux aussi irriter la muqueuse respiratoire et la peau.
Ces facteurs aggravent le risque de bronchite chronique : les personnes exposées toussent souvent de façon persistante et peuvent présenter une respiration sifflante due à des bronches resserrées, même sans antécédent d’asthme. Selon l’Anses, l’exposition répétée aux moisissures accroît nettement l’incidence de l’asthme chez l’enfant et l’adulte et favorise le développement de rhinites allergiques (rhinite chronique). Même en l’absence d’allergie, on peut développer des sinusites chroniques ou d’autres infections respiratoires dues à l’humidité prolongée. En somme, un air trop humide et vicié se traduit souvent par toux, congestion, écoulement nasal ou crises d’asthme répétées. Même la gorge peut être irritée, avec maux de gorge et enrouement de la voix, si l’air respiré est saturé de particules irritantes. Par exemple, les conjonctivites allergiques (yeux rouges et larmoyants) sont plus fréquentes en milieu humide.
Peau et muqueuses
L’humidité excessive attaque aussi la peau et les muqueuses. Un air trop humide et chargé en particules fongiques peut causer des irritations cutanées : rougeurs, démangeaisons et eczéma. Ces symptômes sont souvent décrits lors d’un contact prolongé avec un environnement humide. La transpiration est mal évacuée, la peau demeure sans cesse humide et se fragilise. Chez les personnes atopiques (eczéma), le risque d’aggravation cutanée est élevé. Par ailleurs, l’humidité ambiante favorise l’apparition ou l’aggravation des mycoses superficielles (pieds d’athlète, candidoses cutanées) en raison du milieu propice au développement fongique. En somme, le confort cutané se dégrade en présence d’humidité : la peau tiraille et devient plus sensible aux agressions bactériennes ou aux réactions allergiques localisées.
Bien-être et facteurs psychosociaux
Au-delà des effets physiques, un logement humide peut affecter le moral et le bien-être psychologique. L’inconfort ressenti (fraîcheur continue, éclairage opaque) et l’aspect visuel dégradé (peintures cloquées, moisissures visibles) créent du stress au quotidien. L’odeur persistante de moisi ou d’air vicié a des répercussions émotionnelles : certains occupants rapportent fatigue, irritabilité ou troubles du sommeil. L’hiver, les pièces fermées et peu lumineuses accentuent la sensation de confinement. La difficulté à maîtriser ces désagréments (dégâts récurrents sur les murs, longueurs pour assécher) aggrave le sentiment d’impuissance et contribue au stress des habitants. On parle parfois d’« effet de prison émoussée » : habiter un lieu humide et mal aéré entraîne chez certains une véritable angoisse de rester enfermés. Cette dimension psychologique, bien que plus difficile à quantifier, s’ajoute aux dangers physiques de l’humidité.
Personnes vulnérables
La vulnérabilité face à l’humidité dépend de l’état de santé des individus. Ainsi, les enfants (qui passent beaucoup de temps à l’intérieur) et les personnes âgées (système immunitaire plus fragile) sont plus sensibles aux infections respiratoires et allergies entretenues par l’ambiance humide. Les patients asthmatiques ou allergiques sont naturellement les plus exposés : l’humidité aggrave leurs symptômes bronchiques et cutanés. Les personnes souffrant de maladies pulmonaires chroniques (bronchite chronique, BPCO) voient leur fonction respiratoire perturbée par une atmosphère chargée d’humidité et d’allergènes. De même, toute personne au système immunitaire affaibli (malade, sous traitement immunosuppresseur, VIH, etc.) est à risque, car son organisme peut moins efficacement éliminer champignons et bactéries. Même les sujets sains peuvent développer des symptômes (rhume à répétition, conjonctivites chroniques) si l’exposition à l’air humide est prolongée et intense.
Signes révélateurs d’un excès d’humidité
Les signes extérieurs trahissant un problème d’humidité sont variés et souvent évidents. En premier lieu, la condensation récurrente sur les fenêtres ou murs froids indique qu’il y a trop de vapeur d’eau dans l’air. On peut observer des auréoles sombres sur les plafonds ou aux angles des pièces, ainsi que l’apparition de taches vertes/noires caractéristiques de moisissures. La peinture ou le papier peint qui cloquent, gondolent ou se décolle révèle également des remontées capillaires ou une condensation excessive. Autres indicateurs : des plinthes gonflées, des tissus stockés qui restent humides, des bois de meubles humides au toucher.
Sur le plan sensoriel, une odeur tenace de renfermé ou de moisi dans certaines pièces est un signe clair de prolifération fongique. Enfin, la mesure du taux d’humidité (hygromètre) permet de confirmer l’excès : au-delà de 60 % en continu, l’air est considéré trop humide. Par exemple, de l’eau qui s’écoule ponctuellement d’une fente, un ruissellement le long d’un mur ou la formation de flaques après une forte pluie indiquent des infiltrations d’eau incontrôlées. Ces phénomènes doivent être réparés rapidement pour prévenir une dégradation plus grave.
Solutions pour limiter l’humidité chez soi
Plusieurs mesures simples peuvent maîtriser l’humidité et préserver la qualité de l’air intérieur.
- Ventilation quotidienne : Aérer chaque jour le logement (ouvrir fenêtres 10 minutes matin et soir) pour renouveler l’air vicié, et entretenir la ventilation : nettoyer les grilles et changer les filtres périodiquement.
- Chauffage stable : Maintenir un chauffage stable (autour de 19–20 °C) : évite les déperditions de chaleur et limite la condensation sur les surfaces froides.
- Déshumidificateur : Utiliser un déshumidificateur électrique ou un absorbeur hygroscopique dans les pièces humides. Ces appareils extraient l’eau de l’air pour faire baisser l’humidité relative.
- Bonnes pratiques : Adopter de bons réflexes au quotidien : ne pas faire sécher son linge à l’intérieur, couvrir les casseroles lors de la cuisson et mettre en marche la hotte, et nettoyer régulièrement autour des douches, éviers et fenêtres pour empêcher la prolifération des moisissures. Utilisez une hotte à extraction vers l’extérieur (et non en recyclage).
- Revêtements adaptés : Utiliser des peintures et enduits hydrofuges : dans les pièces humides (cuisine, salle de bain), privilégier les revêtements peu poreux (carrelage, faïence, peinture anti-moisissure) plutôt que le papier peint pour limiter l’adhérence de l’eau.
- Absorbeur d’humidité : En complément, l’absorbeur d’humidité (ou sachets de granulés hygroscopiques) peut dépanner : il retire l’excès de vapeur dans les pièces fermées. Les techniques naturelles (chlorure de calcium en sachets, billes de gel) sont utiles pour de petits volumes.
- Surveillance de l’hygrométrie : Contrôler le taux d’humidité : un hygromètre permet de surveiller en continu son niveau. L’objectif est de rester autour de 45–55 % dans l’habitat.
- Réparer les causes structurelles : Réparer les infiltrations et remontées : colmater les fuites (toit, murs, fenêtres) et assurer le drainage des fondations. Un bâtiment bien étanche prévient l’entrée d’humidité. Vérifier aussi les joints autour des fenêtres, portes et sanitaires, et refaire un joint silicone abîmé pour éviter les infiltrations externes.
- Ventilation mécanique : Améliorer ou installer une ventilation mécanique : une VMC hygro-réglable ou double-flux permet de renouveler l’air en continu sans intervention manuelle. Ce système (plus coûteux) extrait automatiquement l’air humide (par ex. dans la salle de bain) tout en limitant les pertes de chaleur grâce à la restitution thermique.
- En dernier recours : Faire appel à un professionnel (thermicien, diagnostiqueur) pour identifier les causes profondes du problème (fuites, ponts thermiques, matériaux humides) et planifier les réparations appropriées. Cette expertise peut inclure des mesures d’hygrométrie détaillées, des caméras thermiques ou des tests d’infiltrométrie.
En appliquant ces conseils au quotidien, on préserve la qualité de l’air intérieur et on réduit les risques sanitaires liés à l’humidité.
